Dans la foulée du crash de Lehman Brothers, Philippe Thibaut décide de ne plus jouer à cache-cache avec ses aspirations. Quelques inspirations plus tard, il crée le FunKey Hotel. Un concept hôtelier novateur pas si enfantin que cela. Le brillant consultant se serait métamorphosé en consultant éclairé.

Philippe Thibaut s’en amuse: “Les hôteliers classiques m’observent en se demandant si je suis fou ou arriéré”.
  • Né le 11 février 1970, à Bruxelles (Etterbeek)
  • Ingest 1993
  • Fondateur du FunKey Hotel en juin 2013 et gérant de la société TPMC (active également dans la consultance)
  • Marié à Aude D’Horaene (Ingest 1993 également), gérante des chambres d’hôtes 3 Chambres, 3 Couleurs (www.3chambres.be)
  • 2 enfants: Jade (14 ans) et Eden (12 ans)

Quand, après avoir sonné, vous pénétrez pour la première fois dans le FunKey Hotel, situé sur les hauteurs de Schaerbeek, vous réalisez que vous allez être confronté à une expérience inédite. Sur les larges portes d’entrée qui mènent à l’espace commun qui fait également office, entre autres, de réception, une photo ancienne d’un groupe de gosses est imprimée… Au centre de celle-ci, encore gamin, se tient Philippe Thibaut. Le maître de ces lieux conviviaux, colorés et dédiés à la nostalgie de l’enfance apparaît. “Les hôteliers classiques m’observent en se demandant si je suis fou ou arriéré, peut-être un peu des deux d’ailleurs (rires).” Le FunKey Hotel serait-il le gadget d’un consultant quadragénaire après une carrière internationale bien remplie? Philippe Thibaut s’en défend: “Le resto-épicerie ouvert à Overijse par l’ex CEO d’Electrabel, Sophie Dutordoir, n’est pas dénué de similitudes avec ce que j’ai entrepris”. À savoir, appliquer la somme de tous ses enseignements, acquis pendant ses études à la SBS-EM puis, durant une petite vingtaine d’années, en tant que professionnel de haut niveau, au développement d’un projet personnel. “En allant au fond des choses, en créant un concept qui, de l’avis de quelques-uns déjà, est un produit révolutionnaire pour l’hôtellerie.”

Vite dans le Bain

Jusque-là, Philippe Thibaut avait connu une carrière classique parfaitement linéaire. Dans la foulée d’un cursus honorum qui le voit diplômé de la SBS-EM en 1993, le 1er septembre de la même année, il rejoint Bain & Company à Paris. Il y reste pendant 13 ans, gravissant pas à pas les échelons: consultant, manager et partner en 2003. “J’avais été engagé avec deux autres Belges, dont Michel Sznajer (Ingest 1993), pour préparer l’installation du bureau Benelux à Bruxelles, qui allait devenir effectif dès le 3 janvier 1995”, se souvient-il. Ensuite, c’est à Amsterdam, après un passage par Boston et un retour dans la capitale, qu’il achève sa carrière chez Bain & Company en décembre 2005. “SigmaKalon cherchait un directeur marketing mondial pour rejoindre le board. Après avoir réalisé un premier travail de réduction des coûts, ils souhaitaient réin-suffler de la croissance, ce qui est ma spécialité.” Philippe Thibaut rencontre Pierre-Marie De Leener, CEO à l’époque, et s’embarque pour une aventure de près de trois années avec cette société jusqu’à ce qu’elle soit revendue à PPG Industries… La perspective de s’expatrier dans l’un des quartiers généraux de ce groupe, soit à Pittsburg (États-Unis), soit à Rolle (près de Genève), le rend pâlot. Or, quasi au même instant, un nouveau wagon vient à passer: le poste de Senior VP dans la filiale “Ceramics” du groupe Ideal Standard. “Le QG se trouvait à 5 minutes de mon domicile. Cette division faisait 500 millions de chiffres d’affaires. Il est difficile de tourner le dos à une telle opportunité…”

Baignoire trouée

Lundi 15 septembre 2008. Philippe Thibaut sifflote en tournant la clé de contact de son véhicule. “J’avais une bonne idée de la stratégie à développer pour faire croître la compagnie.” Il profite du bref trajet qui le sépare de son nouveau bureau chez Ideal Standard, spécialiste des équipements de salle de bain, pour écouter les titres. “Ce week-end là, une «petite» banque d’affaires américaine s’est plantée… J’ai débuté mon job le jour du crash de Lehman Brothers!” Aussitôt, le marché de la construction s’enraye; en un gros trimestre, c’est la douche froide: Ideal Standard voit son chiffre d’affaires douloureusement amputé. Arrivé pour insuffler de la croissance, notre Alumni est littéralement amené à compter le cash au quotidien et à programmer des fermetures. “Après une grosse année, cette question s’est imposée: est-ce cela que je veux faire?” Un mardi, à 17h00, il appuie sur le bouton “send”: l’e-mail annonçant sa démission est envoyé. “Je me suis retrouvé à la maison à ne rien faire; cela ne m’était jamais arrivé…” À la grande joie de ses deux filles qui découvrent un papa disponible. Ce qui ne l’empêche pas de mener des petites missions de conseil, pour rester dans le bain, et de participer à des réunions. “Lors d’un meeting d’anciens de Bain & Company, l’un de ceux-ci m’aborde. Sachant que mon épouse gère des chambres d’hôtes, il me parle d’un bâtiment qu’il détenait et pourrait fonctionner comme hôtel! Étant peu occupé, je lui ai demandé de m’envoyer les plans: j’ai trouvé le bâti-ment original et, quelques mois plus tard, fin 2010, je me suis senti prêt à investir et à concrétiser ce projet.”

MON PERSONNEL N’A QU’UNE CHOSE À FAIRE: S’OCCUPER DU BIEN-ÊTRE DES CLIENTS

Boire et manger à l’œil

Saviez-vous que, au FunKey Hotel, des jeux de société vous attendent et que les membres du personnel joueront avec vous? Qu’un ordinateur portable est gratuitement mis à votre disposition pendant votre séjour? Un GSM, également, avec appel illimité en Belgique? Qu’il suffit de tendre la main dans le frigo commun pour déguster sans frais une bière ou un jus d’orange? Qu’à toute heure, vous pourrez calmer vos fringales pour pas un balle, avec un yaourt ou un hot-dog? Les deux années nécessaires à Philippe Thibaut pour l’acquisition du bâtiment et les travaux de transformation et d’aménagement lui auront servi à mûrir, jusque dans les moindres détails, son concept d’hôtel! Le FunKey Hotel se rattachera à l’hôtellerie économique, évoquera l’univers de l’enfance par ses couleurs et ses codes (les chambres sont désignées par des cartes à jouer) et privilégiera les contacts humains, à l’instar de ceux observés dans les chambres d’hôtes de son épouse. Mais comment concilier relations humaines et hôtellerie économique, secteur où l’automatisation, voire la robotisation, semble être le seul sésame afin de comprimer les coûts?

Les vieilles habitudes

“Mon personnel n’a qu’une chose à faire: s’occuper du bien-être des clients.” Parce qu’il n’a rien d’autre à faire? Nous serions tentés de l’écrire, tant Philippe Thibaut a renoué avec ses vieilles habitudes de consultant pour mener un travail considérable de gestion des coûts et de modélisation du fonctionnement de son hôtel. Quelques exemples: un lavoir en interne et une standardisation à l’extrême – et en beauté! – des chambres et de leurs équipements; des boissons et petits-déjeuners gratuits en 24/7, certes, mais la dispense d’avoir à continuellement faire et défaire des tables de repas; un système de prépaiement, qui épargne au personnel et aux clients “l’épreuve” du check-out, réalisé en direct pour faire l’économie des com-missions des services de booking… “Cela me permet largement d’offrir quelques bières et un ordinateur portable”, ironise Philippe Thibaut, avant de conclure: “Ce concept peut être répliqué et je commence à y penser”.

35 chambres à prix fixe (de 59 à 129 €, selon la taille)
philippe@funkeyhotel.be
+32 2 733 23 53
www.funkeyhotel.com

Texte: Hugues Henry
Photos: Frédéric Raevens

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