Dominique Leroy – La CEO haut débit

Ingest 1987

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En choisissant de garder notre petit pays comme port d’attache, tant pour sa famille que sa carrière, Dominique Leroy a vu grand. Notre Proxi-CEO apprend, à 50 ans, à gérer l’ampleur de sa fonction avec un savant mélange de force, d’enthousiasme, de détermination et d’empathie.

Difficile de ne pas remarquer le Manneken Pis mauve qui trône sur le bureau de Dominique Leroy! Logé dans les étages supérieurs de l’ immeuble Belgacom du boulevard du Roi Albert II, tout proche de la Gare du Nord, ce ket de Bruxelles nous rappelle que nous nous trouvons dans l’antre d’une “vraie Belge” autoproclamée. Faut-il dès lors s’étonner qu’elle soit la première femme à diriger une entreprise publique en Belgique? Et pas n’importe laquelle! La descendante de la “R.T.T.”, le fournisseur breveté de la Cour de Sa Majesté le Roi Philippe de Belgique, bref un fleuron du Royaume, que Belgacom porte jusque dans les trois premières lettres de son nom… Même si ce dernier tendra désormais à s’effacer, suite à la décision de sa “Capitaine” de s’adresser au public sous l’enseigne Proximus…

L’étape cruciale

La proximité…, elle semble naturelle chez celle qui nous fait face, assise à une petite table de travail, pour que cela soit plus “sympathique”. La communication est vite établie et nous en profitons pour lui rappeler que, lors d’un précédent article dans ces pages (From SBS-EM #40, 4e trim. 2009), elle pointait alors sa “loyauté” envers son employeur, depuis la fin de ses études à la SBS-EM (1987), Unilever Belgique. “J’y ai passé 24 années, j’y ai appris énormément de choses et je resterai toujours positive et redevable à l’égard de mon premier employeur. J’y ai connu différentes divisions, endossé tant de fonctions: marketing, vente, finance, logistique… pour en reprendre la direction en Belgique, puis entrer au comité de direction Benelux. L’étape suivante chez Unilever? C’était d’office partir à l’étranger, sans possibilité de retour, puisque j’étais déjà Managing Director au niveau belge… Or, c’était clair depuis le début, je ne voulais pas imposer à ma famille de changer de pays tous les trois ou quatre ans. Il était logique de quitter Unilever en 2011.”

C’EST ASSEZ FASCINANT D’ÊTRE CEO D’UNE SOCIÉTÉ COMME BELGACOM

Reculer pour mieux sauter

Quand vient à passer un chasseur de têtes pour une fonction ouverte chez Belgacom… Dominique Leroy est très attirée par ce secteur, nouveau pour elle, des télécommunications, convaincue que ses aptitudes développées dans le contexte fort concurrentiel d’une multinationale lui apporteront de la valeur. “Mais cela n’a pas été un choix facile!”, souligne-t-elle, rappelant qu’elle quittait les sphères dirigeantes d’Unilever Benelux pour un poste de Vice President Sales pour la Consumer Business Unit de Belgacom. “C’était un pari et c’est peut-être un bon message pour les jeunes. Une carrière n’est jamais linéaire, elle se bâtit par paliers, et mieux vaut parfois “reculer” apprendre de nouvelles matières et se développer, pour avancer plus vite ensuite… Aujourd’hui, je ne regrette pas, ce serait triste. C’est assez fascinant d’être CEO d’une société comme Belgacom (sourire).” L’ascension est de fait rapide! Après son entrée dans l’entreprise, il lui aura fallu huit mois pour y rejoindre le Comité de Direction et deux années pour en prendre la tête et remplacer celui qui l’avait courtisée, Didier Bellens (Ingest 1978).

Les feux des médias

“Didier Bellens m’a convaincue d’entrer chez Belgacom. Il cherchait des profils plus orientés vers le marketing et la vente, qui seraient prêts dans un deuxième temps à évoluer au sein de la société. Sans cette perspective, je ne pense pas que je serais venue. C’est donc un peu paradoxal puisque j’ai fini par lui succéder…”, résume-t-elle, toujours aussi décontractée. Et cependant, la pression sur ses épaules va crescendo dès janvier 2014, mois de sa nomination. Celle des médias, principalement. La presse se bouscule pour entendre cette femme qui reprend les rênes de Belgacom, autant qu’elle la bouscule sur les chiffres de son salaire et sur son statut de nouvelle “Reine” de l’entreprise publique… “J’ai totale-ment sous-estimé les feux des médias sur ma fonction”, confesse l’intéressée. “Cela n’a pas été facile à gérer, ni pour moi ni pour ma famille… Je dois autant parvenir à faire abstraction de cet engouement médiatique, pour faire mon travail correctement, que penser à m’organiser dans la vie quotidienne, en faisant mes courses dans des lieux où je ne suis pas reconnue par exemple. Sans quoi, les °Ah, Madame Belgacom!, c’est un peu gênant (rires).”

JE TROUVE DOMMAGE QUE CERTAINES FEMMES S’IMPOSENT DES FREINS ET N’OSENT PAS

Côté public, côté privé

Mais la pression vient également de l’intérieur, en raison de la nature-même du challenge qu’elle a décidé de relever, car Belgacom SA n’est ni une société autonome du BEL20 ni une entreprise 100% publique. Mais un peu des deux… “Quelle dualité! Avec d’un côté les contacts avec les investisseurs, les autorités de régulation du marché, et de l’autre les réunions avec l’actionnaire majoritaire, l’État, qui induit des démarches au sein du monde politique. Cela réclame énormément de temps et d’attention. Cela impacte aussi ma vie privée, car beaucoup d’activités prennent place le soir et les week-ends. Bref, je suis un peu moins présente à la maison, mais mes enfants ont grandi, ils ont 18 et 15 ans (sourire).”

Un rôle de “role model”

Autre “effet collatéral” de sa nomination à la tête de Belgacom SA: son statut de “role model”. De plus en plus d’associations de femmes managers et chefs d’entreprise, comme Women on Board, invitent Dominique Leroy à venir expliquer comment elle réussit à mener de front sa carrière, sa vie de famille, le suivi de ses enfants, etc. “Et ce, en semblant toujours équilibrée et en plus ou moins bonne santé”, ajoute-t-elle en clin d’œil, avant de se reprendre… “À la sortie de l’université, 55 à 60% des diplômés sont des femmes contre 40 à 45% d’hommes. Mais plus les carrières progressent, plus ce rapport s’étiole et s’inverse à tel point que, dans les fonctions de middle manage-ment et de senior management, il y a de moins en moins voire quasi plus de femmes. Pourquoi? Je pense qu’une partie de l’explication se trouve chez les femmes elles-mêmes, en raison de certains freins qu’elles s’imposent ou de la crainte de ne pas y arriver. Mon rôle, consiste alors à leur assurer que c’est possible: qu’il faut s’organiser, faire des choix, investir une partie de ses moyens pour être aidée, avoir un partenaire qui met aussi la main à la pâte et est fier d’avoir une femme qui travaille… Il y a un faisceau de conditions qu’il est possible, pour chacune, de mettre en place. Je trouve dommage que des femmes gâchent leur talent parce qu’elles n’osent pas. Au-delà de cela, ce qui me semble important c’est d’avoir la diversité au sein des entreprises: une société dominée par des femmes, ce ne serait pas bon non plus (sourire).”

Dominique Leroy reconnaît que Belgacom-Proximus est une société mal connue et souvent mal aimée. Elle s’en désole et retrousse ses manches.

L’ATOUT séduction

Positiver
“Je veux changer cette image. Les Belges sont souvent peu fiers de ce qui est bien chez eux. Or c’est une superbe entreprise, que ce soit au niveau de notre société, avec 15.700 employés, au niveau de l’infrastructure du pays, de l’innovation…”

Objectiver
“Pour souligner l’importance d’un pays, les ressources énergétiques sont souvent citées, à tel point que l’infrastructure des télécommunications est sous-estimée. Or elle est déterminante pour les investissements, le confort de vie… La Belgique est 5e dans le classement mondial de la qualité de l’internet à haut débit. Nous pouvons être fiers!”

Innover
“Belgacom a développé, en partenariat avec Alcatel-Lucent et Technicolor, la tech-nologie du vectoring qui permet d’augmenter la rapidité d’internet sur nos lignes en cuivre. Là où nous avions du 30 Mbps, nous passons à du 70 Mbps. C’est une première mondiale. Deutsche Telekom envisage de l’implémenter en Allemagne. N’ignorons pas ce savoir-faire belge.”

Elixis Edition

 

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